Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/536

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« Vive le peuple ! Vive l’humanité ! » cria Millière.

« Le soldat factionnaire dont le coude touchait mon bras, répondit à ses derniers mots par ceux-ci : « On va t’en foutre, de l’humanité ! » Je les avais à peine entendus que Millière tombait foudroyé.

« Un militaire, que je crois être un sous-officier, gravit les marches, s’approcha du corps, abaissa son arme et fit feu à bout portant près la tempe gauche. L’explosion fut si violente que la tête de Millière rebondit et parut comme retournée en arrière. La pluie, depuis trois quarts d’heure, avait fouetté son visage ; le nuage de poudre s’y fixa.

« Couché sur le côté, les mains unies, les vêtements ouverts et mis en désordre par la chute, la tête noircie, comme éclatée et paraissant regarder le frontispice du monument, son cadavre avait quelque chose de terrible… »


XXIV


applaudissait aux tapissières sanglantes.

On lisait dans le National, du 29 mai :

Paris, 28 mai 1871.
« Monsieur,

« Vendredi dernier, alors qu’on relevait des cadavres sur le boulevard Saint-Michel, des individus de 19 à 25 ans, vêtus en gens aisés, étaient attablés avec des femmes de mœurs dissolues, à l’intérieur et à la porte de certains cafés de ce boulevard, se livrant avec celles-ci à des rires scandaleux.

« Veuillez, monsieur le directeur, etc.

« Duhamel, 55, boulevard d’Enfer.

« Les faits que je signale ci-dessus se renouvellent journellement. »

Le Journal de Paris, feuille versaillaise supprimée par la Commune, disait :

« La manière dont la population de Paris a manifesté hier sa satisfaction était plus que frivole et nous crai-