Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/56

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que le 9, paraissent beaucoup plus préoccupés d’un coup d’État que des victoires prussiennes. Crémieux lâcha très naturellement : « Attendons quelque nouveau désastre, la prise de Strasbourg, par exemple ».

Il fallait bien attendre. Sans ces ombres on ne pouvait rien. La petite bourgeoisie parisienne croyait à l’Extrême-Gauche comme elle avait cru aux armées de Le Bœuf. Ceux qui voulurent passer outre s’y brisèrent. Le 14, un dimanche, le petit groupe blanquiste, qui n’a jamais voulu sous l’Empire se mêler aux groupements ouvriers, et ne croit qu’aux coups de main, essaye un soulèvement. Malgré Blanqui consulté, Eudes, Brideau et leurs amis attaquent à la Villette le poste des sapeurs-pompiers qui renferme quelques armes, blessent la sentinelle et tuent un des sergents de ville accourus. Restés maîtres du terrain les blanquistes parcourent le boulevard extérieur jusqu’à Belleville, criant : « Vive la République ! Mort aux Prussiens ! » Loin de faire traînée de poudre ils font le vide. La foule les regarde de loin, étonnée, immobile, poussée au soupçon par les policiers qui la détournaient de l’ennemi véritable, l’Empire. Gambetta, très mal instruit des milieux révolutionnaires, demanda la mise en jugement des personnes arrêtées. Le conseil de guerre prononça quatre condamnations à mort. Pour empêcher ces supplices, quelques hommes de cœur allèrent chez George Sand et chez Michelet qui donna une lettre touchante : l’Empire n’eut pas le temps de faire les exécutions.

Le général Trochu écrivit aussi son mot : « Je demande aux hommes de tous les partis de faire justice par leurs propres mains de ces hommes qui n’aperçoivent dans les malheurs publics que l’occasion de satisfaire des appétits détestables. » Napoléon III venait de le nommer gouverneur de Paris et commandant en chef des forces réunies pour sa défense. Ce militaire, dont toute la gloire tenait à quelques brochures, était l’idole des libéraux pour avoir boudé quelque peu l’Empire. Il plut aux Parisiens, parce qu’il portait beau, parlait bien et n’avait fusillé sur aucun boulevard. Avec Trochu à Paris et Bazaine au dehors on pouvait tout espérer.

Le 20, Palikao annonce à la tribune que, le 18,