Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/67

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au bas de l’escalier, croit en finir par une harangue. On répond : « À bas Trochu ! » Jules Simon le relaie et va jusque sur la place détailler les douceurs de l’armistice. On crie : « Pas d’armistice ! » Il ne s’en tire qu’en priant la foule de désigner dix délégués qui l’accompagnent à l’Hôtel-de-Ville. Trochu, Jules Favre, Jules Ferry et Picard les reçoivent dans la salle du Trône. Trochu démontre cicéroniquement l’inutilité du Bourget, prétend qu’il vient d’apprendre la capitulation de Metz. Une voix : « Vous avez menti ! C’est une députation du Comité des vingt arrondissements et des comités de vigilance qui a pénétré dans la salle. D’autres, pour vider Trochu, veulent qu’il continue ; un coup de feu part sur la place, coupe le monologue et fait envoler l’orateur. Jules Favre le remplace, reprend le fil de sa démonstration.

Pendant qu’il pérore, les maires délibèrent dans la salle du conseil municipal. Pour fondre l’émeute, ils proposent l’élection des municipalités, la formation des bataillons de la garde nationale et leur adjonction à l’armée. Le bêlant Étienne va porter ces emplâtres au Gouvernement.

Il est deux heures et demie ; une foule énorme houle sur la place, mal contenue par les mobiles, crie : « À bas Trochu ! vive la Commune ! » agite des drapeaux avec : pas d’armistice ! Les délégations entrées à l’Hôtel-de-Ville ne revenant pas, cette foule perd patience, enfonce les mobiles, jette dans la salle des maires Félix Pyat, venu en amateur. Il se débat, proteste que cela ne se passe pas dans les règles, qu’il veut entrer dans la place « par élection, non par irruption ! » Les maires l’appuient de leur mieux, annoncent qu’ils ont demandé l’élection des municipalités, que le décret est à la signature. La foule pousse toujours, monte jusqu’à la salle du Trône, où elle termine l’oraison de Jules Favre qui va rejoindre ses collègues ; ils votent la proposition des maires, en principe, sauf à fixer la date des élections.

Vers quatre heures, le salon est envahi. Rochefort promet les élections municipales. La foule l’assimile aux autres Défenseurs. Un des délégués du Comité des vingt arrondissements monte sur la table, proclame la déchéance du Gouvernement, demande qu’une commis-