Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/73

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31 octobre les exaspéra contre la garde nationale, et jusqu’à la dernière heure ils refusèrent de l’utiliser.

Au lieu d’amalgamer les forces de Paris, de donner à tous, mêmes cadres, même enseigne, le beau nom de garde nationale, Trochu avait laissé subsister les trois divisions : armée, mobiles, civils. C’était la suite naturelle de son opinion sur la défense. L’armée, ameutée par les états-majors, prit en haine ce Paris qui lui imposait, disait-on, des fatigues inutiles. Les mobiles de province, poussés par leurs officiers, fine fleur de hobereaux, s’aigrirent aussi. Tous, voyant les gardes nationaux méprisés, les méprisèrent, les appelant : « les À outrance ! les Trente sous ! » (Depuis le siège, les Parisiens recevaient un franc cinquante d’indemnité). On put craindre des collisions tous les jours.

Le 31 octobre ne changea rien au fond des choses. Le Gouvernement rompit les négociations qu’il n’eût pu, malgré sa victoire, poursuivre sans sombrer, décréta la création de compagnies de marche dans la garde nationale, activa la fonte des canons ; il ne crut pas davantage à la défense, conserva le cap à la paix. Sa grande préoccupation, il l’a écrit, fut l’émeute. Ce n’était plus seulement de la folie du siège qu’il voulut sauver Paris, mais avant tout des révolutionnaires. Les hauts bourgeois attisèrent ce beau zèle. Avant le 4 septembre, ils avaient déclaré, dit Jules Simon, qu’ils « ne se battraient point si la classe ouvrière était armée et si elle avait quelque chance de prévaloir », et le soir du 4 septembre Jules Favre et Jules Simon étaient venus au Corps législatif, les rassurer, leur dire que les Défenseurs n’endommageraient pas la maison. L’irrésistible force des événements avait armé les ouvriers ; il fallait au moins immobiliser leurs fusils ; depuis deux mois, la haute bourgeoisie guettait l’heure. Le plébiscite lui dit qu’elle avait sonnée. Trochu tenait Paris et, par le clergé, elle tenait Trochu, d’autant mieux qu’il ne croyait relever que de sa conscience. Conscience curieuse, à dessous infinis, plus machinés que ceux d’un théâtre. Il croyait aux miracles et ne croyait pas aux prodiges, aux saintes Geneviève et non aux Jeanne d’Arc, aux légions d’en haut nullement aux armées qui sortent de terre. Aussi, depuis le 4 septem-