Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/181

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


bien est fécond ! — Si les contemporains ont été souvent atteints d’un mortel scepticisme devant le génie en flagrant délit, devant le poète qui se vautre dans les fanges dorées d’un luxe mal acquis, devant l’artiste dont les actions insultent au vrai et outragent le bien, la postérité oublie ces méchans rois de la pensée, comme elle oublia le nom de mauvais roi qui, dans la ballade d’Ubland, méconnut le caractère sacré du barde ! Le jour vient où elle jette leur mémoire aux gémonies du non-être ! Elle ne connaitplus leur histoire, pendant que, de siècle en siècle, elle abreuve de leurs œuvres sublimes, les générations qui ont la soif du Beau !

Le poète apostat, l’artiste renégat, ne sauraient donc jamais être comparés à ces hommes dont la mort ne laisse après eux que la mauvaise odeur de leurs vices, les ruines accumulées par leurs méfaits, les débris informes amoncelés par qui, ayant semé le vent a recueilli la tempéte ! De tels êtres ne rachètent point un mal transitoire, par un bien durable. Il serait donc injuste de flétrir le poète et l’artiste, avant d’avoir flétri ceux qui leur ont ouvert la voie ; le prince qui porte indignement un nom déjà illustre, le financier qui verse des flots d’or dans l’insatiable gueule de la corruption ! Qu’on applique d’abord sur leur front, le fer rouge de l’infamie. Ceci fait, ce sera justice de procéder contre le poète et l’artiste ; mais, pas avant ! Qu’ils passent en premier sous les Fourches-Caudines de la honte, ceux qui passèrent les premiers sur le théatre