Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/182

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


de grand-monde, sur les pavois d’une renommée scandaleuse et enviée, sur les tréteaux élégans et enguirlandés d’une mode parasite et d’un succès bâtard, eux, qui n’ont aucune rançon pour les affranchir devant les sentences d’une sainte indignation ! Le poète et l’artiste possédent cette rançon. Qu’ils ne comptent point sur elles, mais qu’on ne la leur dispute pas !

En assouplissant ses convictions devant des passions indignes de son regard d’aigle, habitué à fixer le soleil ; devant des avantages plus éphémères que la vague scintillante, indignes de sa cure, le poëte n’en a pas moins glorifié les sentimens qui le condamnaient et qui, en pénétrant ses œuvres, leur ont donné une action d’une portée plus vaste que celle de sa vie privée. En succombant aux tentations d’un amour impur ou coupable, en acceptant des bienfaits qui font rougir, des faveurs qui humilient, l’artiste n’en a pas moins ceint d’une immortelle auréole l’idéal de l’amour, la vertu et ses renoncemens, l’austérité et ses innocences ! Ses créations lui survivent, pour faire aimer le vrai et stimuler au bien des milliers d’âmes, venues au monde après que la sienne aura expié ailleurs les fautes qu’elle a commises, en s’illuminant du bien-fait qu’elle a rêvé. — Oui ! — Cela est certain ! Les œuvres du poète et de l’artiste ont consolé, rasséréné, édifié plus d’âmes, que les fluctuations de sa triste existence n’ont pu en abattre !