Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/19

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humain le blesse et le fait souffrir, quand il ne le charme et ne l’enchante point.

Ce sont en premier lieu les organisations les plus jeunes et les plus vives qui, le moins enchaînées par l’attrait de l’habitude à des formes anciennes et aux sentimens qu’elles exprimaient, (attrait respectable même en ceux chez qui il est tyrannique), se prennent de curiosité, puis de passion, pour l’idiome nouveau, qui correspond naturellement par ce qu’il dit, comme par la manière dont il le dit, à l’idéal nouveau d’une nouvelle époque, aux types naissans d’une période qui va succéder à une autre. C’est grâces à ces jeunes phalanges, enthousiastes de ce qui dépeint leurs impressions et donne vie à leurs pressentimens, que le nouveau langage pénètre dans les régions récalcitrantes du public ; c’est grâces à elles que celui-ci finit par en saisir le sens, la portée, la construction, et se décide à rendre justice aux qualités ou aux richesses qu’il renferme.

Quelle que soit donc la popularité déja acquise à une partie des productions du maître dont nous voulons parler, de celui que les souffrances avaient brisé longtemps avant sa fin, il est à présumer que dans vingtcinq ou trente ans d’ici, on aura pour ses ouvrages une estime moins superficielle et moins légère que celle qui leur est accordée maintenant. Ceux qui dans la suite s’occuperont de l’histoire de la musique feront sa part, et elle sera grande, à celui qui y marqua par un