Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/195

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démontrer ! Mais, Chopin ne pouvant encore entrevoir un tel avenir, reculait instinctivement devant des espérances qui lui donnaient pour alliés des hommes et des choses qui ne devaient être que des causes !

S’il s’entretenait quelquefois sur les événemens tant discutés en France, sur les idées et les opinions si vivement attaquées, si chaudement défendues, c’était plutôt pour signaler ce qu’il y trouvait de faux et d’erroné que pour en faire valoir d’autres. Amené, à des rapports continus avec quelques-uns des hommes avancés qui ont le plus marqué de nos jours, il sut borner entre eux et lui les relations à une bienveillante indifférence, tout à fait indépendante de la conformité des idées. Bien souvent il les laissait s’échauffer et se haranguer entre eux des heures entières, se promenant de long en large dans le fond de la chambre sans ouvrir la bouche. Par moment, son pas devenait plus saccadé ; personne n’y prêtait attention, si non des visiteurs peu familiers avec ce milieu. Ils observaient aussi en lui certains soubre-sauts nerveux à l’énoncé de certaines énormités ineffables : ses amis s’en étonnaient quand on leur en parlait, sans s’apercevoir qu’il vivait auprès de tous, les voyait, les regardait faire, mais ne vivait avec aucun d’eux, ne leur donnant rien de son « meilleur moi » et ne prenant pas toujours ce qu’on croyait lui avoir donné. Nous l’avons contemplé de longs instans au milieu de ces conversations vives et entrainantes, dont il