Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/200

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En prétendant que les grands maîtres avaient atteint les dernières limites de l’art et sa suprême perfection, ils ne laissaient aux artistes qui leur succédaient d’autre gloire à espérer que de s’en rapprocher plus ou moins par l’imitation. On les frustrait même de l’espoir de les égaler, le perfectionnement d’un procédé ne pouvant jamais s’élever jusqu’au mérite de l’invention. — Les autres niaient que le beau pût avoir une forme fixe et absolue, les styles divers leur apparaissant, à mesure qu’ils se manifestent dans l’histoire de l’art, comme des tentes dressées sur la route de l’idéal : haltes momentanées, que le génie atteint d’époque en époque, que ses héritiers immédiats doivent exploiter jusqu’à leur dernier recoin, mais que ses descendans légitimes sont appellés à dépasser. — Les uns voulaient renfermer dans l’enclos symétrique des mêmes dispositions, les inspirations des temps et des natures les plus dissemblables. Les autres réclamaient pour chacune d’elles la liberté de créer leur langue, leur mode d’expression, n’acceptant d’autre règle que celle qui ressort des rapports directs du sentiment et de la forme, afin que celle-ci fût adéquate à celui-là.

Aux yeux clairvoyans de Chopin, les modèles existans, quelque admirables qu’ils fussent, ne semblaient pas avoir épuisé tous les sentimens que l’art peut faire vivre de sa vie transfigurée, ni toutes les formes dont il peut user. Il ne s’arrêtait pas à l’excellence de la forme ; il ne la recherchait même qu’en tant que son