Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/310

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et de cette trépidation intérieure qu’on éprouve toujours, lorsque, ayant été atui de Dieu, l’on a suspendu ses rapports avec lui et qu’on se retrouve en présence d’un de ses ministres, dont la seule vue rappelle sa tendresse paternelle et l’ingratitude de notre oubli.

L’abbé Jelowicki revint le lendemain, puis tous les jours à la même heure, comme s’il n’apercevait, ni ne comprenait, ni n’admettait, qu’il fut survenu la moindre différence dans leurs rapports. Il lui parlait toujours polonais, comme s’ils s’étaient vus la veille, comme s’il ne s’était rien passé dans rentre-temps, comme s’ils ne vivaient pas à Paris, mais à Varsovie. Il l’entretenait de tous les petits faits qui avaient eu lieu dans le groupe de leurs ecclésiastiques émigrés, des nouvelles persécutions qui étaient fondues sur la religion en Pologne, des églises enlevées au culte, des milliers de confesseurs envoyés en Sibérie pour n’avoir pas voulu abjurer leur Dieu, des nombreux martyrs morts sous le knout ou la fusillade pour avoir refusé d’abandonner leur foi !.. Il est aisé de deviner combien de tels récits pouvaient se prolonger ! Les détails abondaient, tous plus émouvans, plus poignans, plus tragiques, plus cruels, les uns que les autres.

Les visites du père Jelowicki, en se répétant, devenaient tous les jours plus intéressantes pour le pauvre alité. Elles le reportaient tout naturellement, sans effort et sans secousses, dans son atmosphère natale ; elles renouaient son présent à son passé, elle le rameriaient