Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/314

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navire dont la tempête se fait un hochet, le sang que font couler les armes en le mêlant à la sinistre fumée des batailles, l’horrible charnier lui-même qu’un fléau contagieux établit dans les habitations, nous éloignent moins sensiblement de toutes les indignes attaches qui passent, qui lassent, qui cassent, que la vue prolongée d’une finie consciente d’elle-même, contemplant silencieusement les aspects multiformes du temps et la porte muette de l’éternité. Le courage, la résignation, l’élévation, l’affaissement qui la familiarisent avec l’inévitable dissolution, si répugnante à nos instincts, impressionnent plus profondément les assistans que les péripéties les plus affreuses, lorsqu’elles dérobent le tableau de ce déchirement et de cette méditation.

Dans le salon avoisinant la chambre à coucher de Chopin, se trouvaient constamment réunies quelques personnes qui venaient tour à tour auprès de lui, recueillir son geste et son regard à défaut de sa parole éteinte ! Parmi elles la plus assidue fut la Psse Marceline Czartoryska, qui, au nom de toute sa famille, bien plus encore en son propre nom, comme l’élève préférée du poète, la confidente des secrets de son art, venait tous les jours passer une couple d’heures près du mourant. Elle ne le quitta à ses derniers moinens, qu’après avoir longtemps prié auprès de celui qui venait de fuir ce monde d’illusions et de douleurs, pour entrer dans un monde de lumière et de félicité !