Page:Littré - Dictionnaire, 1873, T1, A-B.djvu/71

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À tort ou à droit, ID. I, 21. À ce compte, ID. I, 25. À peine est-il en son pouvoir de..., ID. I, 227. À la vérité, ID. I, 22. À l’abri des coups, ID. I, 25. A l’exemple des Thraces, ID. I, 23. Au royaume de Ternate, ID. I, 24. À l’advenir, ID. I, 230. À nage, ID. I, 277. Les moyens qu’ils ont à y employer, ID. I, 24. À quoi faire voulez vous.... ID. I, 85. Il l’envoya subjuguer le monde à tout [avec] seulement 30000 hommes, ID. I, 180. Les yeux me troublent à monter [quand je monte], ID. I, 224. À parler en bon escient, ID. I, 227. Il le somma de sortir à parlementer, ID. I, 16. Estre deslogé à force, ID. I, 26. Ne craindre point a mourir, ID. I, 69. C’est à Dieu seul à qui gloire appartient, ID. III, 10. Ce n’est pas moi que l’on abuse ainsi : Qu’à quelque enfant ces ruses on employe, LA BOET. 445. De m’effrayer depuis ce presage ne cesse ; Mais j’en consulterai sans plus à ma maistresse, ID. 505. Soeur de Pâris, la fille au roy d’Asie, RONS. 106.

étym. Ad et ab qui se sont confondus ; bourguig. ai ; provenç. espagn. et ital. a.

† ABAISSANT, ANTE (a-bè-san, san-t’), adj. Qui abaisse. Cela serait abaissant. Conduite abaissante. Langage abaissant.

ABAISSE (a-bê-s’), s. f. D’après le Dictionnaire de l’Académie, pâte qui fait la croûte de dessous dans plusieurs pièces de pâtisserie. Mais cette explication est inexacte. L’abaisse est un morceau de pâte qui a été abaissé, c’est-à-dire dont on a diminué la hauteur en le passant sous le rouleau, jusqu’à ce qu’il soit devenu mince. Une abaisse est une pièce de pâte mince que l’on emploie de diverses manières.

étym. Abaisser.

ABAISSÉ, ÉE (a-bè-sé, sée), part. et adj. || S’emploie au propre et au figuré. Des regards abaissés. Une autorité abaissée. Tiens, insolente, tiens cette vue abaissée, ROTROU, Bel. I, 6. Il faut, dit saint Augustin, parler d’une façon abaissée et familière pour instruire, FÉN. t. XXI, p. 167. L’Inde esclave et timide et l’Égypte abaissée, VOLT. Mah. II, 5. En reconnaissance de l’humiliation volontaire où il est réduit et où il se tient abaissé pour nous, BOURD. Pensées, t. III, p. 264. Sion, jusques au ciel élevée autrefois, Jusqu’aux enfers maintenant abaissée, RAC. Esth. I, 2. Cette fierté si haute est enfin abaissée, ID. Alex. V, 3. || 2° En termes de blason, abaissé se dit de toutes les pièces de l’écu qui se trouvent au-dessous de leur situation ordinaire : vol abaissé, chevron abaissé, pal abaissé, se disent de l’oiseau dont les ailes sont pliées ou dont le bout est tourné vers la pointe de l’écu, du chevron, du pal dont la pointe finit au cœur de l’écu.

ABAISSEMENT (a-bê-se-man), s. m. || Action d’abaisser ou de s’abaisser ; état de ce qui est abaissé. Abaissement d’une soupape, des paupières. || Fig. Abaissement de la voix, qui indique trois choses : le passage de la voix haute à la voix basse ; le passage des syllabes accentuées aux syllabes qui ne le sont pas ; le passage de la voix aiguë à la voix grave, dans la musique. || Diminution. Abaissement du prix des denrées. Au moral, abaissement de courage. L’abaissement des caractères. || Action de faire déchoir, état de déchéance, humiliation volontaire ou forcée. Après l’abaissement des Carthaginois, Rome fut sans rivale. Abaissement de fortune. Se tenir dans l’abaissement devant Dieu. On tomba dans un tel abaissement.... Cette famille est réduite à vivre dans l’abaissement. Son grand dessein a été d’affermir l’autorité du prince et la sûreté des peuples par l’abaissement des grands, LA BRUY. 10. Et la mort ou l’exil ou les abaissements Seront pour vous et moi ses vrais remercîments, CORN. Othon, II, 4. Un peu d’abaissement suffit pour une reine, ID. Nic. V, 7. Un si doux ennemi par ses abaissements N’a-t-il pas étouffé tous vos ressentiments ? ROTROU, Bel. IV, 6. Ce triste abaissement convient à ma fortune, RAC. Iph. III, 5. Vous avez vu ma honte et mon abaissement, VOLT. Brut. IV, 1. Un homme religieux et désintéressé dans ses abaissements volontaires, BOURD. Pensées, t. II, p. 178. La mesure de nos abaissements en ce monde sera la mesure de notre gloire dans l’autre, ID. ib. t. II, p. 166. Le dieu que nous adorons n’a acception de personne, ni de celui qui est dans la grandeur, ni de celui qui est dans l’abaissement, ID. ib. t. III, p. 194. Son humilité la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la vie religieuse, BOSSUET La Vallière, Profession. || Terme d’art ou de science. En chirurgie, abaissement de la cataracte, opération par laquelle on fait descendre au-dessous du niveau de la pupille le cristallin devenu opaque. Abaissement de la


matrice, lésion par laquelle la matrice descend plus bas qu’elle n’est dans l’état de santé. || En algèbre, abaissement d’une équation, réduction d’une équation à un degré moindre. || En blason, abaissement, addition dans un écu de quelque pièce qui en abaisse la valeur.

rem. Abaissement peut s’employer au pluriel. On ne dirait pas, il est dans les abaissements, au lieu de, il est dans l’abaissement. Mais, toutes les fois qu’il comporte une idée de pluralité, on peut s’en servir au pluriel. Corneille et Rotrou l’ont fait, et on en trouve aussi des exemples dans les auteurs en prose : Les abaissements que Marie avait soufferts sur la terre, MASS. Myst. assompt.

syn. BASSESSE, ABAISSEMENT. Défaut d’élévation par rapport à la condition et à l’âme. La bassesse est une manière d’être ; l’abaissement, un état qui résulte d’une action ; on est dans la bassesse ; on s’est mis ou on a été mis dans l’abaissement. A bassesse est attachée l’idée de permanence ; à abaissement l’idée de quelque chose d’accidentel. On dit la bassesse naturelle à l’homme, la bassesse de la naissance. On appelle abaissement, l’état auquel on descend volontairement ou malgré soi. De la sorte, bassesse peut se prendre pour abaissement, mais non abaissement pour bassesse ; on dira tomber dans la bassesse, mais on ne dira pas l’abaissement de la naissance ; tout ce qui est permanent, naturel, reçoit bassesse et non abaissement. Bassesse est absolu, et abaissement relatif. L’un se prend toujours en mauvaise part ; on est dans la bassesse soit par le vice, soit par une condition à laquelle aucune considération n’est attachée. L’autre est relatif ; il se prend en mauvaise part ou en bonne, suivant que l’abaissement est le résultat de fautes ou d’une infériorité, ou suivant qu’il est volontaire et un acte d’humilité. On censure la bassesse des flatteurs ; mais si on blâme l’abaissement des caractères, on loue les abaissements de la vie religieuse, et le chrétien s’efforce de chérir, à l’exemple de J. C. et de ses disciples, l’abaissement et les souffrances, LAFAYE. L’abaissement du style sera une qualité si, ayant pris un ton trop haut, on se remet au ton véritable ; un défaut, si le ton est au-dessous du sujet. Mais la bassesse du style est toujours condamnable.

hist. XIIe s. [Il] refusé a lor povreté, Si qu’il n’en a de rien gusté [des mets offerts] ; Abaissement li fust e laiz [ce lui eût été abaissement et honte], BENOIT, II, 10937.

étym. Abaisser ; provenç. abaisamen ; anc. catal. abaxament ; espagn. abaxiamento ; ital. abbassamento.

ABAISSER (a-bè-sé ; quelques-uns disent a-bé-sé. Ai prend le son è ou ê, quand la syllabe qui suit est muette : il a-bè-se-ra ou a-bê-se-ra), v. a. || Rendre moins haut, faire descendre. Abaisser un terrain. Il faut abaisser ce mur d’un mètre. Abaisser la paupière. Abaisser un store. Abaissez vos regards sur lui. Ayant un corps qui vous aggrave et vous abaisse vers la terre, PASC. édit. Cousin. Abaissons la [l’âme] à la matière, ID. ib. Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil, Ne virent abaisser sa paupière [du dragon] au sommeil, CORN. Méd. II, 2. Disposez de sa main, et pour première loi, Madame, ordonnez-lui d’abaisser l’oeil sur moi, ID. Tite et Bér. IV, 3. || Fig. Rendre moins élevé, faire décroître, diminuer. Abaisser la voix. Abaisser le prix des denrées. La découverte des gisements de la Californie a abaissé la valeur de l’or. Car enfin n’attends pas que j’abaisse ma haine, CORN. M. de Pomp. III, 5. De moment en moment son âme plus humaine Abaisse sa colère et rabat de sa haine, ID. Méd. III, 2. || Déprimer, humilier, ravaler. Abaisser le pouvoir de quelqu’un. Abaisser l’orgueil. Abaisser la majesté des lois. Abaisser la vertu. Pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection, PASC. édit. Cousin. Aujourd’hui devant vous abaissant sa hauteur, VOLT. Brut. I, 1. Une esclave chrétienne et que j’ai pu laisser Dans les plus vils emplois languir sans l’abaisser, ID. Zaïre, IV, 5. Ils abaissent les Grecs, ils triomphent du Maure, ID. Tancr. II, 1. Pensez-vous abaisser les rois dans leurs ministres ? ID. Brut. V, 2. Plutôt que jusque-là j’abaisse mon orgueil.... ID. Zaïre, I, 2. Mais nous aurons bientôt abaissé son audace, DUCIS, Oth. I, 2. Je mourrai satisfaite après cet orgueilleux, Sous qui César m’abaisse à force de l’accroître, ROTROU, Bel. II, 17. Mais, croyez-moi, l’amour est une autre science, Burrhus, et je ferais quelque difficulté D’abaisser jusque-là votre sévérité, RAC. Brit. III, 1. || Abaisser pris absolument. Que s’il plaît au Seigneur, qui selon les conseils de sa sagesse élève et abaisse..., BOURD Pensées, t. II, p. 212. || En termes de chirur-


gie, abaisser la cataracte, faire descendre, à l’aide d’une aiguille introduite dans la chambre postérieure de l’oeil, le cristallin au-dessous du niveau de la pupille. || En termes d’algèbre, abaisser une équation, en diminuer le degré. || En termes de géométrie, abaisser une perpendiculaire sur une droite, mener d’un point pris hors d’une ligne une perpendiculaire à cette ligne. || En termes de pâtisserie, abaisser la pâte, l’étendre avec le rouleau et la rendre aussi mince qu’on veut. || En termes d’horticulture, abaisser une branche d’arbre, la raccourcir. || 10° En termes de fauconnerie, abaisser l’oiseau, diminuer la nourriture habituelle de l’oiseau, afin de le rendre plus léger au vol et plus avide à la proie.

S’ABAISSER, v. réfl. || Devenir plus bas. Ces nuages s’abaissent vers la terre. Le terrain va en s’abaissant. Là où les collines commencent à s’abaisser. Le soleil s’abaisse. Sur le chaume de ces demeures Déjà le soir s’est abaissé, MILLEV. Élég. I. Et vous, sous sa majesté sainte, Cieux, abaissez-vous, RAC. Esth. III, 9. || Fig. S’abaisser, devenir plus bas, se proportionner à, condescendre. La voix s’abaisse. S’abaisser à la portée de ses élèves. Chercher la popularité en s’abaissant. Il s’abaissait jusqu’à converser avec une femme de Samarie, MASS. av. Disp. Faites bien concevoir à M. Despréaux combien vous êtes reconnaissant de la bonté qu’il a de s’abaisser à s’entretenir avec vous, RAC. Lettres à son fils. Et fait comme je suis, au siècle d’aujourd’hui, Qui voudra s’abaisser à me servir d’appui ? BOILEAU Sat. I. Peut-elle s’abaisser jusqu’à souffrir ma vue ? CORN. Perth. II, 4. || S’humilier, en bonne et en mauvaise part, se courber, se dégrader. S’abaisser devant Dieu. S’abaisser sous la main divine qui châtie. S’abaisser aux prières. S’abaisser jusqu’à plaider sa cause. Je ne m’abaisserai pas au point de.... Votre fierté, Porus, ne se peut abaisser, RAC. Alex. V, 3. Est-il juste après tout qu’un conquérant s’abaisse Sous la servile loi de tenir sa promesse ? ID. Andr. IV, 5. Vous voulez que le roi s’abaisse et s’humilie.... ID. Mithr. III, 1. Vestibules profonds, parvis silencieux, Où viennent s’abaisser les coeurs religieux, LEMERC. Fréd. et Brun. I, 1. De savoir si peu m’abaisser, céder dans les rencontres, supporter un mépris.... BOURD. Pensées, t. II, p. 405. Je rougis que mon père, Pour l’intérêt d’un fils, s’abaisse à la prière, VOLT. Alz. I, 1. Voudra - t- il qu’on s’abaisse à ces honteux moyens ? ID. Zaïre, II, 1. D’un coeur tel que le sien l’audace inébranlable Ne sait point s’abaisser à des déguisements, ID. Ad. II, 5. Ne vous abaissez pas à soupirer pour elle, ID. Orphel. IV, 2. S’il se vante, je l’abaisse ; s’il s’abaisse, je le vante.... Forcé à s’abaisser d’une ou d’autre manière.... Et s’il ne s’abaisse à cela, PASC. édit. Cousin. Qui nous retrace dans le souvenir comment il a quitté le sein de son père et il s’est abaissé jusqu’à nous, BOURD. Pensées, t. III, p. 300. Est-il une démarche si humiliante où il ne s’abaisse, dès qu’il croit qu’elle peut le conduire à son terme ? ID. ib. t. II, p. 172.

syn. || BAISSER, ABAISSER. Faire descendre, faire aller de haut en bas. Baisser est absolu et Abaisser est relatif. Baisser une chose, c’est la mettre plus bas qu’elle n’était ; abaisser, c’est la mettre plus bas qu’une autre ou du moins la faire descendre jusqu’à une autre qui était plus bas qu’elle. Au fond, abaisser, c’est baisser vers, LAFAYE. C’est là le fond de la différence entre baisser et abaisser. Toutes les fois qu’on voudra faire sentir cette idée de direction, on préférera abaisser à baisser. Ainsi le chevalier baissa la lance ou abaissa la lance ; on dira plutôt le premier pour indiquer que la lance est baissée sans aucune intention ; on dira plutôt le second pour indiquer que le chevalier la baisse vers un objet déterminé, la met en arrêt par exemple. || ABAISSER, RABAISSER, RAVALER, HUMILIER, AVILIR. Tous ces mots ont le sens général de déprécier. Abaisser n’a rien de plus que le sens général. La malignité humaine abaisse la vertu. Rabaisser est plus fort ; on rabaisse ce qui est beaucoup trop élevé, l’arrogance, la présomption. L’envie, ne pouvant s’élever jusqu’au mérite, pour s’égaler à lui, tâche à le rabaisser. Ravaler exprime une idée analogue à rabaisser, mais avec plus de violence et d’emportement. Avilir attire la honte, imprime la flétrissure. Le grand homme peut être humilié, ravalé, mais non pas avili. De grands motifs nous engagent à nous humilier, à nous abaisser, aucun à nous avilir. L’homme modeste s’abaisse, on rabaisse la présomption, l’esprit de parti ravale les hommes éminents, le lâche s’avilit, le pénitent s’humilie, ROUBAUD.