Page:Littré - Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l’usage.djvu/20

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


nous exprimerions aujourd’hui par fouiller un pays, fouiller un corps. À ce point nous sommes très près du sens moderne de chercher, qui en effet s’impatronisa dans l’usage et en bannit les deux anciennes acceptions de ce verbe. Bien plus, à mesure que le sens de s’efforcer de trouver a prédominé dans chercher, quérir est tombé en désuétude, et aujourd’hui il est à peine usité. Le néologisme, fort ancien il est vrai, dont chercher a été l’objet, n’a pas été heureux. Il eût mieux valu conserver le plein emploi de quérir, qui est le mot latin et propre, et garder chercher en son acception primitive, incomplètement suppléée par parcourir.

Chère. — Ce mot vient du latin vulgaire et relativement moderne cara, qui signifiait face, et qui était lui-même une dérivation du grec κάρα. Cette altération du sens primitif, ce sont les Latins qui s’en sont chargés. Puis est venu le vieux français qui n’emploie le mot chère qu’au sens de face, de visage. Faire bonne chère, c’est faire bon visage ; de là à faire bon accueil il n’y a pas loin ; aussi cette acception a-t-elle eu cours jusque dans le commencement du dix-septième siècle. Ces deux sens sont aujourd’hui hors d’usage ; le nouveau, qui les a rejetés dans la désuétude, est bien éloigné : faire bonne chère, mauvaise chère, c’est avoir