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le juif errant est arrivé

ministre de Tchécoslovaquie, qui m’envoyait au fin fond de son pays sous le prétexte que si je voulais voir des Juifs c’était là qu’il fallait aller, m’avait bien dit : « Couvrez-vous ! » Monsieur le ministre, j’avais trois paires de chaussettes de laine l’une sur l’autre, des guêtres et des souliers d’égoutier. Quant aux oreilles, je voyais parfaitement vos compatriotes cacher les leurs sous une espèce de casque téléphonique.

J’ai été élevé en France, c’est-à-dire dans l’horreur du téléphone. Et, même quand le casque se termine par deux mignons losanges de velours, je le repousse. J’aurais pu, malgré tout, acheter cet appareil, je vous le concède, mais le nez ? J’avais un étui à ciseaux dans mes bagages, c’est vrai. On m’eût arrêté dans la rue et peut-être mis chez les fous. C’eût été dommage : Prague, sous la neige, est une si jolie dame !

J’y venais saluer le cimetière juif et la synagogue. Ils représentent, en Europe, les plus vieux témoins de la vie d’Israël. À l’entrée des pays de ghettos, ils sont les deux grandes bornes de la voie messianique d’Occident.

Ce n’est pas un cimetière, mais une levée en masse de dalles funéraires, une bousculade de pierres et de tombeaux. On y voit les Juifs — je