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TERRE D’ÉBÈNE

Ils ne vont ni à Thiès, ni à Saint-Louis, ni à Kayes. Ils vont jusqu’à cinquante, quatre-vingts, cent francs, suivant leur fortune. Aux arrêts on les voit à la portière criant : « Bonjou Mamadou ! Bonjou, Galandou ! Bonjou, Bakari ! Bonjou, Gamba ! » Ils se montrent à leur connaissance dans la noble situation de voyageur. Ils sont fiers. Après, ils reviennent — à pied !


Le train démarra. Il allait courir sur douze cents kilomètres de voie. Il joint l’Atlantique au Niger. Puis il s’arrête. Les routes ou le fleuve feront le reste. Douze cents kilomètres ! Le plus grand des travaux que nous ayons accomplis en Afrique noire. Pour celui qui tiendrait à ne pas être ingrat, saluer ce chemin ne serait pas un geste suffisant, il faudrait emporter une caisse d’immortelles avec soi (quand on a quarante caisses !…) et semer sur le parcours ces fleurs séchées. On serait sûr, de la sorte, d’honorer, à chaque traverse, la mémoire d’un nègre tombé pour la civilisation.


On ne peut dire que le Sénégal ressemble à un jardin botanique : il n’a qu’un arbre. C’est le baobab. Le baobab est un géant désespéré. Il est manchot et tortu. Il tend ses moignons face au ciel, comme pour en appeler au Créateur de la méchanceté des bourreaux qui l’ont crucifié. On sent qu’il pousserait des cris déchirants s’il