Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 2.djvu/154

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LA PETITE MARCHANDE DE ROSES


Hier, m’a dit Naïs, j’étais sur la place, quand une petite fille en loques rouges a passé, portant des roses, devant un groupe de jeunes gens. Et voici ce que j’ai entendu :


« Achetez-moi quelque chose. — Explique-toi, petite, car nous ne savons ce que tu vends : toi ? tes roses ? ou tout à la fois ? — Si vous m’achetez toutes mes fleurs, vous aurez la vendeuse pour rien.


— Et combien veux-tu de tes roses ? — Il faut six oboles à ma mère ou bien je serai battue comme une chienne. — Suis-nous. Tu auras une drachme. — Alors je vais chercher ma petite sœur ? »


Et toutes deux ont suivi ces hommes. Elles n’avaient pas de seins, Bilitis. Elles ne savaient même pas sourire. Elles trottaient comme des chevreaux qu’on emmène à la boucherie.