Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 4.djvu/260

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écouter. Je te jure par les dieux, elles mentent !

— Je ne les connais pas.

— Crois-moi ! crois-moi, Bien-Aimé ! Quel intérêt aurai-je à te tromper, puisque je n’attends rien de toi que toi-même ? Tu es le premier à qui je parle ainsi… »


Démétrios la regarda dans les yeux.

« Il est trop tard, dit-il. Je t’ai eue.

— Tu délires… Quand cela ? Où ? Comment ?

— Je dis vrai. Je t’ai eue malgré toi. Ce que j’attendais de tes complaisances, tu me l’as donné à ton insu. Le pays où tu voulais aller, tu m’y as mené en songe, cette nuit, et tu étais belle… ah ! que tu étais belle, Chrysis ! Je suis revenu de ce pays-là. Aucune volonté humaine ne me forcera plus à le revoir. On n’a jamais le bonheur deux fois avec le même événement. Je ne suis point insensé au point de gâter un souvenir heureux. Je te dois celui-ci, diras-tu ? mais comme je n’ai aimé que ton ombre, tu me dispenseras, chère tête, de remercier la réalité. »

Chrysis se prit les tempes dans les mains.

« C’est abominable ! c’est abominable ! Et il ose le dire ! Et il s’en contente !


— Tu précises bien vite. Je t’ai dit que j’avais rêvé : es-tu sûre que je fusse endormi ? Je t’ai dit que j’avais été heureux : est-ce que le bonheur,