Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/12

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qu’elle menaçait de faire écrouler toutes les pierres de taille de sa haute prison.

Quelquefois Marie-Anne montait jusqu’à elle, et, quand elle arrivait enfin jusqu’à la forêt de madriers qui entourait la forme noire, elle se sentait prise d’une vénération qu’elle n’éprouvait même pas à un tel degré devant le tabernacle.

Dans une ombre vaste comme la nuit, la cloche était suspendue ; immobile comme la Tour elle-même, et pourtant Marie-Anne l’avait vue en mouvement. La petite pénitente, toujours en peine de ses péchés imaginaires, doutait souvent que ses prières fussent entendues, qu’elles fussent même dignes de monter jusqu’au delà du septième ciel, où s’ouvrait l’oreille de Dieu ; mais comment ne pas croire que la voix de la cloche traversât les voûtes éthérées ?

Cette cloche était pour elle un être intermédiaire entre les choses terrestres et les choses infinies : humaine par la main qui pouvait l’ébranler, elle était presque divine, puisqu’elle parlait assez haut pour être entendue par la Trinité. Mais Marie-Anne était trop faible pour tirer le moindre de ses câbles, et depuis qu’on n’osait plus sonner la Georges-d’Amboise, la voie du paradis lui semblait barrée.

Or, il arriva que le jeune roi Henri, troisième du nom, ayant annoncé qu’il daignerait visiter sa ville de Rouen, on s’occupa de recruter des