Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/125

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me retranchais derrière des secrets inviolables. Mais j’ai reçu naguère une confession de femme que je puis révéler sans péché, vous en conviendrez tout à l’heure.

Il releva la tête sur le haut du dossier avec un sourire circulaire et imperceptiblement vaniteux, qui semblait prendre conscience des curiosités éveillées. Enfin, il commença le récit.

— À une époque que je ne précise pas, j’étais prêtre dans une paroisse de Paris que je ne dirai pas davantage : il vous suffira de savoir que mon église s’élevait très loin de Saint-Thomas et que mes ouailles étaient des pauvres. Comme j’attendais, un jour, devant le confessionnal, l’heure où mes pénitentes devaient se présenter, je vis approcher une personne fort élégante, mais d’une élégance sobre et qui n’était assurément pas ma paroissienne : certains chapeaux ne se portent guère qu’entre les Invalides et le Palais-Bourbon. Elle avait le visage et la taille d’une jeune fille de vingt-huit ans ; il est d’ailleurs inutile que je vous la décrive. Sur mon invitation, elle s’agenouilla, et voici ce que j’appris d’elle après un préambule où elle m’avertissait que sa confession serait grave.

Depuis douze ans elle se tenait éloignée de la communion. À dix-sept ans, voyageant seule avec son père dans l’intérieur de l’Italie, elle arrive un soir à Pise dans un hôtel comble où tous deux sont contraints d’accepter une simple