Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/130

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— J’ai une trop jolie robe, paraît-il. Ce n’est pas une robe de jeune fille c’est une robe d’actrice.

— Quel petit insolent !

— Ce n’est pas tout, ma chère. Il a trouvé singulier qu’on me mène à l’Opéra un jour de ballet. Son père et sa mère ont été présentés (de loin) un soir où l’on jouait Zampa et les Rendez-vous bourgeois, pièces convenables, à son avis. J’ai eu le malheur de lui dire que Zampa était une histoire de viols, et il m’a regardée d’un air suffoqué. Je lui ai dit aussi que les Rendez-vous bourgeois apprenaient aux jeunes filles comment on introduit un monsieur dans sa chambre, et il est devenu tout pâle.

— Mais aussi pourquoi ?…

— Je ne sais pas. J’étais énervée jusqu’au bout des ongles. Il m’aimait, je le sentais bien. Alors je prenais plaisir à le scandaliser pour qu’il m’aime encore avec mes défauts… Mais je crois que j’ai été trop loin. _

— Qu’est-ce que tu as pu lui dire ?

— Je lui ai montré dans un coin de la scène les deux petites Italiennes dont tu m’avais parlé l’autre jour et je lui ai confié…

— Que c’était un ménage ?

— Oui.

— Ça, par exemple, c’est une gaffe.

— N’est-ce pas ? soupira la jeune fille.

— Et qu’est-ce qu’il a répondu ?