Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/142

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mystérieux. L’impression fut si violente qu’elle persista jusqu’à la fin : un concert d’indignation accueillit le dernier discours, celui de l’infâme couturier.

— Vraiment, dit une dame, il ne faut plus s’étonner de rien !

— Un enlèvement à l’Opéra !

— Paris devient inhabitable !

— Nous vivons chez les Apaches !

Une vieille fille ne manqua pas d’observer que l’heureuse conclusion de la scène était due à un miracle ; car si la petite Armande n’avait pas fait de vœu, les choses eussent tourné tout autrement pour elle.

Une autre protesta qu’elle n’oserait plus sortir sans un cavalier, après le coucher du soleil, et qu’elle aurait toujours un stylet empoisonné, avec le mot Muerte gravé sur le plat, puisque le mélodrame devenait la vie réelle.

Mme de Lalette, seule, ne disait rien, n’ajoutait pas un commentaire à son récit terminé.

— Et vous, Yvonne, qu’en pensez-vous ? demanda une petite voix.

Elle fit une moue indifférente.

— Moi ? oh ! je pense… je pense…

— Eh bien ?

— Je pense que c’est se donner beaucoup de mal pour expliquer un retour à sept heures du matin.