Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/141

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dresse, et elle lui révéla le dramatique événement.

Lorsqu’elle eut tout dit, jusqu’au dernier mot, elle prit son amie par les deux mains, lui fit jurer de n’en parler à personne, expliqua longuement qu’elle ne pouvait pas saisir la justice parce que l’instruction de l’affaire la couvrirait de ridicule assurément, et peut-être de scandale ; que, si elle ne poursuivait pas, il valait mieux dissimuler tout à fait et n’instruire âme qui vive de ce qui s’était passé, car le monde comprendrait encore moins pourquoi elle se tenait tranquille si l’anecdote devenait publique. Bref, elle comptait absolument sur la discrétion de sa chère Yvonne… Mme de Lalette promit.

Malheureusement, l’histoire était trop belle. Les femmes ne gardent bien que les petites confidences, pour mériter un jour par là de recevoir les grands aveux, et de les répandre. Le soir même, Mme de Lalette se trouva dans un salon où elle comptait douze amies, aussi discrètes qu’elle-même (et c’était beaucoup dire). Sous le sceau du secret de la tombe, elle raconta le fantastique enlèvement.

Le récit fut conduit avec beaucoup d’art. Pas un instant elle ne laissa voir que l’aventure se terminait par un dénouement de comédie. L’effet du début fut saisissant. Des dames criaient : « C’est horrible ! » Toutes se voyaient emportées dans l’automobile fantôme par le chauffeur