Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/147

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pelé, sans terres, sans herbes, sans eaux ; brûlé par un feu intérieur comme si la malédiction légendaire continuait d’arrêter à sa base toutes les verdures nouvelles qui donnaient la vie aux autres montagnes. Le sentier où je m’engageai était fait de cailloux et de lichens morts, parfois presque indistinct dans un désert de pierre, parfois nettement conduit entre de hautes roches rouillées. Il s’élevait jusqu’au sommet où une petite maison grise avait été construite, qui opposait des murailles épaisses aux libres violences du vent.

J’entrai là, et j’appris qu’on y pouvait déjeuner. Déjeuner sur le Venusberg ! C’était le coup de grâce. Je le reçus, à ma honte, assez volontiers, car malgré mon désenchantement, j’avais faim.

Les deux filles de l’aubergiste absent me servirent sur une petite table un Wiener Schnitzel qui était peut-être plus saxon que viennois, et un Niersteiner un peu aigre. J’étais en pleine réalité. La salle propre et claire, les rideaux blancs aux fenêtres, le carrelage fraîchement lavé, une lumineuse chambre à coucher qu’on apercevait par une porte ouverte, tout acheva de me persuader que je ne mangeais pas chez des sorcières, comme un instant, hélas ! je l’avais espéré. Ces deux jeunes filles étaient des esprits sans détour, qui ne voulaient prendre aucune part à la damnation du pays.

Il est vrai qu’à la fin du repas l’aînée se retira discrètement, et qu’aussitôt la seconde enfant eut