Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/148

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un sourire d’invitation qui prouvait son bon ton naturel ; mais, dans les auberges allemandes, les servantes ne voient guère de limites précises aux bontés que l’on doit avoir pour un jeune voyageur qui passe, et ordinairement cela n’indique pas qu’elles aient pactisé dans l’ombre avec une déesse maudite..

Nous causâmes. Elle était assez obligeante pour comprendre mon allemand, bien que je le parlasse à peu près comme un nègre de Kamerun. Je lui demandai un certain nombre de renseignements topographiques sur ce que j’ignorais du pays. Elle me les donna de fort bonne grâce.

— N’oubliez pas, dit-elle, de visiter la grotte.

— Quelle grotte ?

— La Venushœhle.

— Il y a une grotte de Vénus ?

— Mais oui ! on l’appelle comme cela, je ne sais pas pourquoi, mais c’est la Venushœhle ; il ne faut pas que vous redescendiez de la montagne sans avoir visité la Venushœhle.

Inquiet, et même presque jaloux, je voulus apprendre si beaucoup d’étrangers étaient venus la voir, cette grotte dont le nom seul m’avait secoué d’un frisson…

La jeune fille répondit tristement :

— Personne ! Voyez-vous, la montagne n’est pas assez haute pour tenter les ascensionnistes, et elle l’est trop pour les promeneurs. Nous ne