Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/149

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voyons jamais d’étrangers. À peine, de loin en loin, un chasseur d’Eisenach vient déjeuner ici, ou y passer la nuit ; mais vous êtes le premier Français que j’aie vu depuis ma naissance…

— Où est le chemin de la grotte ?

— Prenez le sentier à gauche. Vous y serez dans cinq minutes. Peut-être trouverez-vous à l’entrée un homme assis sur une pierre. Ne faites pas attention à ce qu’il vous dira : c’est un fou.

Comment, il y avait une grotte de Vénus dans les flancs du Hœrselberg ! mais alors le pays de Tannhâuser avait tout conservé de sa terrible légende !

… La grotte de la Déesse était là, en effet. Et l’homme y était aussi.

Petite, elliptique en hauteur, couronnée de ronces brunes et fines, elle apparaissait comme le symbole nécessaire de la montagne, comme une autre justification du vieux conte germanique, plus frappante encore que l’aspect charnel du Venusberg à l’horizon… L’intérieur, où je plongeais du regard, était obscur, étroit et bas. Des flaques d’eau, des baies ténébreuses, se partageaient le sol indistinct. Il devait être difficile d’y pénétrer sans être souillé par la fange, mais je ne sais quel charme incompréhensible m’attirait dans cette nuit humide…


— Où allez-vous ? dit l’homme brusquement.