Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/161

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si fort contre la persienne où j’étais appuyée que je sentais, tous les sursauts de ce pauvre jeune cœur bouleversé.

— Oui, je vous aime bien, disait-elle. Mais pas pour ça, pas pour ça… Je ne sais pas comment dire, mais ce n’est pas ça, l’amour… Je vous aime… parce que vous êtes doux, parce que vous parlez autrement que les autres, parce que je suis toute contente quand je vous vois arriver. Je vous aime pour vous embrasser, oh ! ça, tant que vous voudrez, tous les soirs, tout le temps ! Mais, depuis que vous me parlez de ces choses-là, non, vous savez, je ne veux pas… surtout avec vous… il me semble que ça serait mal.

L’homme haussa les épaules et se mit à jurer.

— Ah ! sacrée maboule de gonzesse…

Beaucoup d’autres choses que je ne peux pas dire.

Puis, tirant de son gilet un couteau… un couteau… mais un couteau de boucher… quelque chose comme une épée, il planta cela dans la persienne, à la hauteur de ma poitrine et dit d’une voix violente et basse :

— Maintenant, c’est à nous deux. Si tu ressautes je te pique.

La jeune fille se raidit. Il y eut une scène atroce…

La rue était absolument déserte et le silence tellement pur que, seul, le silence des champs est