Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/162

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aussi calme. On n’entendait même pas la rumeur de la ville. Quelle heure était-il ? Peut-être deux heures du matin. Tout dormait dans le quartier, hors ce couple, et moi, — spectatrice atterrée.

Si près de moi que j’aurais pu la toucher en étendant seulement les doigts, la jeune fille résistait avec une énergie qui lui donnait presque de la vigueur.

Elle s’était courbée en deux, la tête basse, les genoux serrés. Elle soufflait comme une bête haletante. Dès qu’on lui maîtrisait les bras, elle fermait ses jambes d’enfant, et dès qu’on lui touchait les jupes, elle luttait avec les mains… Cela dura très longtemps, plus que vous ne pouvez croire ; mais, comme dans la chanson grecque où, à la fin, Charron terrasse le berger, — à la fin, elle fut vaincue.

Alors, elle battit l’air de ses bras, s’accrocha à quelque chose qui était planté dans la persienne… Elle ne savait pas quoi, la pauvre enfant ; elle ne savait plus que c’était un couteau, et, avec sa main armée par hasard, elle repoussa une fois encore celui qui la blessait horriblement, au corps et à l’âme, pour jamais.

Hélas ! la chair humaine, ce n’est rien, c’est une boue molle et fine qui cède au premier coup… Le couteau entra dans la gorge et brilla de l’autre côté.

Un jet de sang…