Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/163

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(Ici, le long du cou, il y a deux artères énormes, d’où le sang jaillit comme d’un cœur…)

Un jet de sang chaud fusa par la persienne fendue et vint m’arroser la ceinture.

L’homme, étouffé par la lame, les yeux exorbités, ouvrait une bouche effrayante d’où ne sortait pas un soupir ; mais, lorsqu’il tomba sur la face, ce fut elle, la meurtrière, qui, reculant et sautelant comme un petit oiseau noir, poussa, dans le silence de la rue, trois cris… trois cris d’horreur…

Ah ! ces hurlements à la mort ! Je n’ai jamais rien entendu de plus épouvantable.



Ce qui se passa ensuite… peu vous importe, n’est-ce pas ? Ma mère, éveillée en sursaut, craignant pour moi, me cherchant, trouvant mon lit vide, appelant mon nom dans tout l’hôtel et me découvrant, enfin, debout sur cette fenêtre, toute grasse et rouge d’un sang qu’elle crut d’abord le mien… ce n’est pas pour cette partie du drame que je vous ai fait un tel récit.

Le reste suffit au fond de mon souvenir. J’avais dix-sept ans. En une demi-heure, moi qui ne savais rien des réalités, j’avais tout appris d’elles, tous les secrets de la vie, de l’amour et de la mort ; et ce que les romans appellent le désir ! Et ce que