Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Elle se mit lentement, sagement, au piano, ouvrit le premier tome de Schumann à la corne qui marquait son morceau le plus facile : « Retour du théâtre », et elle voulut jouer. Mais l’éclat du premier accord la fit sauter de son tabouret par terre, tant il se répercuta violemment sur les quatre murs, et elle jugea prudent de ne pas continuer.

Toujours à petits pas, elle courut vers la fenêtre : la grande cour pavée, les doubles communs, les hautes portes closes de la remise et de l’écurie composaient comme d’habitude le décor trop connu et toujours désert de ses contemplations pensives. Même la niche du chien prenait un aspect de maison vide, depuis le départ pour la chasse. Cile souffla sur la vitre lisse, et doucement écrivit dans la buée blanchâtre : « Je m’ennuie. »


Mais, soudain, une idée, une éclatante idée, illumina sa petite cervelle.

L’hôtel n’avait que trois étages, et tout le troisième était occupé par une vaste bibliothèque, interdite à la jeune Cile. En vérité, elle n’imaginait rien de tout à fait inaccessible que deux régions supérieures : d’abord cette bibliothèque, et, ensuite, le firmament. Qui l’empêchait d’explorer, pendant son heure d’indépendance, la première et la plus tentante des zones qu’elle ne connaissait point ? Qui l’empêchait ? Sa cons-