Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/167

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puisque la solitude et elle ne s’étaient jamais rencontrées. Señorita piqua une grande épingle dans son chapeau noir, embrassa vivement la petite fille immobile, et les deux portes s’étaient refermées avant que Cile eût rien compris à ce qui venait de lui arriver.

Mélancolique, elle s’assit doucement sur la chaise qui se trouvait derrière elle, et poussa un gros soupir.

Tout le monde l’avait abandonnée.

Ainsi, des cent personnes qui l’aimaient tant et le lui répétaient sans cesse, parents, grands-parents, domestiques, gouvernante, oncles, tantes, cousines, amies, pas une âme n’était restée là pour avoir l’honneur de lui faire sa cour. Tout le monde aimait donc « ailleurs », et comment expliquer cela ? Cile n’avait jamais prévu la détresse d’une situation pareille.

Elle se leva sur la pointe du pied, alla de chambre en chambre, et de salon en salon. Le vaste hôtel où elle était née l’intimidait pour la première fois. Après avoir beaucoup réfléchi, Cile observa que la maison déserte avait reçu en plein jour le silence de la nuit, et rien n’est plus mystérieux que certains bouleversements des heures par les ténèbres du son comme par celles de la lumière. Sans doute, le soleil était vif au dehors, mais dans le calme soudain des choses autour d’elle, Cile tremblait comme sous une éclipse.