Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/175

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croiras mourir… Tu mourras cent fois avec tes cent rêves ; ton dernier jour n’est pas le plus noir de ceux qui te restent à vivre.


Un flot de sang ruissela du cœur suspendu.


— Écoute-moi bien… Tu aimeras. Un sentiment nouveau, étrange, inexprimablement lumineux et tendre envahira ton âme crédule, qui le prendra pour le bonheur, et plus il t’aura promis d’allégresse, plus il flagellera ton corps et ton esprit avec son triple fouet d’horreur, de désespoir et de dégoût. Quel que soit ton amour, il mourra dans les larmes et tes douleurs seront telles que tu ne peux pas les imaginer…

Le cœur se gonfla plusieurs fois à toute violence. Le sang rouge en ruisselait toujours.

— Écoute-moi encore… Tu seras mère. Ah ! cette fois tu croiras vraiment avoir trouvé le chemin de la vie bienheureuse. Ton enfant ! ton enfant ! comme tu le désireras ! Quel avenir enchanté tu rêveras pour toi-même et pour lui dans tes bras ! Mais du jour où Dieu te l’aura promis, tes larmes ne cesseront plus de couler sur tes joues. Douleurs horribles pour l’obtenir, efforts et peines de tous les jours pour le conserver à la vie, terreur s’il est malade, déchirement inguérissable si Dieu te le reprend comme il te l’a donné. Alors tu connaîtras que le malheur