Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/183

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reste du monde. Moi, je suis le reste, l’humanité, la foule, ce dont on ne veut pas.

Néphélis le regardait, presque défaillante. C’était un homme osseux, hirsute et barbu, et d’autant plus barbu qu’il était maigre. Sa tête semblait faite de poils. Quatre grandes dents manquaient à sa mâchoire supérieure, si bien que sa barbe avalait sa moustache et ce détail était horrible. Son cou étroit sortait d’un manteau de bonne laine, assez malpropre et bizarrement drapé. Ses jambes paraissaient plus courtes que le torse. Il n’était ni grand ni petit, mais la lampe posée sur le sol doublait son corps d’une ombre immense, dont la moitié couvrait la muraille et l’autre le plafond.

Il se croisa les bras violemment, en fourrant les mains sous les aisselles.

— Ha ! dit-il, le lit parfumé ! des pétales de roses ! une amphore de vin frais ! On attendait quelqu’un, si l’on ne m’attendait pas ! Quand le mari fait la guerre, la femme fait la débauche… Ha ! ha ! des couronnes fleuries !… Mais je sens une odeur de myrrhe qui est à donner la nausée… Et cette lampe qui a fumé noir… Cela sent la prostitution chez toi, m’entends-tu ?… Holà ! quitte ta robe et fais ton métier ! Voilà une drachme.

Lancée à travers la chambre, la pièce d’argent frappa Néphélis au ventre. Elle étouffa un cri.

— Misérable ! dit-elle d’une voix blanche. Tu