Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/184

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sauras ce qu’il en coûte de me parler ainsi. Oui, j’ai un mari, et j’ai un amant ; mais la porte du jardin s’est rouverte, mon amant est là, dans l’allée, il vient, il approche, et s’il te trouve ici, tu seras tué comme un ver.

— Il me tuera ? fit l’inconnu. Qu’est-ce que cela me fait ? Je suis mort depuis cent ans. Tu me demandais mon nom ? Je suis le roi d’Égypte, embaumé.

Néphélis se passa lentement la main sur le visage comme pour y sentir le long froid de la peur…

— Je suis perdue, se dit-elle. C’est un fou.


L’homme, la voyant pâlir, reprit en souriant :

— Ne crie pas, belle amie, où je te tue toi-même ; et pour toi qui n’es pas morte, ce sera bien autre chose que pour un cadavre comme le mien. Regarde ma chair de momie.

D’un mouvement brusque, il détacha tous ses vêtements, et se dressa nu.

— Tu disais tout à l’heure que la porte s’était rouverte. C’est impossible. La barre est mise. Personne n’est dans le jardin, personne dans l’allée. Fais ton métier, ma fille, je t’ai donné une drachme. Et ne crie pas, ou, par Dzeus ! Je te tue immédiatement.

La mort, Néphélis l’eût acceptée en cet instant. Son effroi dépassait de beaucoup celui qu’éveille