Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/189

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— Ne crains rien, dit-il, je suis vieux. Tu vois, ma fille, je suis un vieux… Je suis mort depuis cent ans ! Ne te détourne pas d’une momie. Je ne veux que baiser ta bouche, et dormir, dormir sur ton sein, ô mère !

Il avança ses mains maigres, lentement, comme pour implorer. Mais une secousse nerveuse l’ébranla tout entier, des pieds à la tête. Il sauta sur le lit, par-dessus la jeune femme, et retomba de l’autre côté.

— Aaaah !

Enfin elle avait crié ! un cri long comme une agonie, un déchirement de toute son âme, une plainte désespérée vers le secours, les Dieux, le miracle, la vie !

— À moi ! à moi ! glapissait le fou. Ne lutte pas, fille de la Nuit ! Ne serre pas ainsi les dents, mon baiser te pénétrera ! Ha ! la myrrhe ! la myrrhe ! la myrrhe ! Tu concevras, sache-le bien ! Les étoiles sortiront de ton sein comme les abeilles de la ruche ! Ha ! ha ! ha ! ha ! ha ! ha ! ha ! ha ! ha ! Car je veux…

Néphélis avait dégagé sa main droite et, d’un geste si prompt que le fou n’en vit rien, elle l’avait assommé à la tempe avec un objet lourd, pris sur la tablette.

Elle se dressa tout debout sur le lit, la bouche ouverte, les deux mains en avant de la face, avec une sorte de rire plus affreux qu’un gémissement.