Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/205

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En péril, certes, elle l’était. J’essayai pourtant de la rassurer ; ce fut peine perdue. Elle se voyait mourante, et rien de ce que je pus lui dire ne lui donna même un éclair d’espoir.

Plusieurs fois elle répéta, avec sa voix grave de calviniste résolue à tous les courages :

— Je mourrai cette nuit… Je mourrai cette nuit.


Mais tout à coup sa vaillance l’abandonna. Elle poussa un soupir aussi profond que l’état de ses poumons le lui permettait, et murmura en levant les yeux :

— Les catholiques sont bien heureuses !

— Vous dites ?

— Les catholiques sont plus heureuses que nous ! Le jour où le Seigneur les rappelle à lui, leurs derniers moments sont des instants de joie… Elles sont lavées du péché… Elles sont délivrées du remords…

Voulait-elle se convertir ?

— Vous aurez le temps d’y penser, lui dis-je, quand vous serez guérie.

— Guérie… Ah ! mon Dieu !… Guérie !

Elle laissa retomber sa tête sur son oreiller, et presque aussitôt une quinte violente suspendait une conversation que je ne tenais pas à prolonger.

Je me levais… Elle parla encore.

— Oh ! la joie d’avouer… d’avouer enfin !