Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/208

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


En quittant la malade, j’aperçus debout, dans la salle à manger, le troisième héros du roman : je veux dire le cher mari.

Rapidement, j’eus la vision de ce qui allait suivre : je vis cet homme sur le point d’entrer dans la chambre de la confession, et sa femme lui tendant les bras : « Pardonne-moi !… je suis une misérable !… » toutes phrases parfaitement inutiles si la mort devait s’ensuivre, et fâcheuses à plus forte raison si la malade en réchappait.

— Défense d’entrer ! lui dis-je nettement, même si elle vous fait appeler. Elle a un peu de délire, ce soir, elle a besoin de repos. Laissez la nuit passer. Vous la verrez demain matin.

Huit jours plus tard, elle entrait en convalescence. On ne saurait penser à tout.

Jusqu’à la fin du mois, j’eus le plaisir de présider à son lent rétablissement. Il est inutile de vous dire que je ne lui parlai plus du capitaine aux guides, et que les confidences n’eurent pas de lendemain. Guérie, elle ne me demanda pas la note de mes honoraires, car, depuis sa première enfance, je la soignais en ami…

M. Chartelot suspendit sa phrase, toucha du pommeau de sa canne ses vieilles lèvres bien rasées qu’un sourire amincissait :

— Et je ne la revis plus jamais, dit-il en levant les sourcils. Elle prit un autre médecin.