Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/214

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Le vieux président mit une longue cigarette dans un tuyau d’écume, l’alluma et reprit avec animation :


— Les deux petites filles de mon Italienne furent déclarées sous les noms de Maria-Maddalena. Elles vécurent. Leur mère ne les montrait point, mais les élevait très tendrement. Elles eurent une croissance régulière, une puberté normale : bref, à seize ans, c’étaient deux adolescentes fort jolies, malgré l’étrange union de leurs beautés. Si la queue de la sirène ne l’empêcha pas de séduire les hommes, nous ne devons pas nous étonner que Maria-Maddalena aient troublé le cœur d’un amant.

À vrai dire, toutes deux furent éprises ; Maddalena seule fut aimée. Un jeune homme devint amoureux de celle-ci ; mais comme il était plein d’égards pour l’autre, les sœurs crurent partager un commun amour et elles y répondirent ensemble avec tout le premier feu de leur jeunesse nouvelle. Malheureusement l’illusion ne dura guère. Le jeune homme eut scrupule de la prolonger. Une lettre de lui, adressée un jour à « Mlle Maddalena », éveilla dans le cœur voisin les mille serpents que vous savez bien et, lorsque la demande en mariage fut présentée officiellement, Maddalena répondit oui, et Maria répondit non.

Instances, prières, tout fut en vain. La mère se