Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/213

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le haut ou par le bas) avait deux têtes, quatre bras, deux poitrines, un ventre commun et deux jambes seulement. Il était double jusqu’à la ceinture et simple de là jusqu’aux pieds. Le cas n’est pas absolument rare, si je ne me trompe ?

— Non. Surtout chez les mort-nés… Continuez. Désormais, je vous suis.

— Mais on en connaît qui ont vécu ?

— Plusieurs.

— Ce furent donc, si l’on peut dire, des monstres bien constitués. Citez-m’en un exemple.

— Ritta-Cristina, deux fillettes qui naquirent en Sardaigne, vers 1830. Elles ressemblaient beaucoup à la description que vous venez de donner : poitrine double, bassin commun. Leurs parents les amenèrent à Paris : pour les offrir en spectacle, mais les autorités jugèrent l’exhibition contraire aux mœurs et l’interdirent. La pauvre famille privée de ressources dut laisser les enfants dans une chambre sans feu où elles moururent d’une bronchite.

— On a fait leur autopsie ?

— Oui.

— Leurs systèmes nerveux étaient distincts ?

— Entièrement, sauf à la partie inférieure de l’abdomen dont les sensations étaient perçues par les deux cerveaux à la fois.

— Parfait ! Vous allez voir combien votre exemple ajoute de force à mon récit.