Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/26

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Bryaxis, au milieu de notre exultation, leva simplement les sourcils en donnant à son vieux visage les plis de la surprise et de l’estime :

— Elle prouve qu’elle n’est pas moins spirituelle qu’impudente, fit-il. L’histoire est curieuse en effet. Mais comment en êtes-vous si fiers, mes enfants ? Il me semble que le rôle de l’artiste ne vaut pas celui du modèle, dans l’anecdote que je viens d’entendre ?

— Si la reine avait osé, dit Ophélion, elle aurait fait poursuivre Clésidès jusqu’au delà des mers, et tuer comme un chien. Mais alors tout le pays grec l’aurait traitée en femme barbare, elle veut se croire Athénienne par le hasard qui l’a fait naître dans un Parthénon devenu Porneion. Stratonice tient l’Asie dans sa main comme une mouche, et elle a reculé devant un homme qui a pour toute arme une boulette de cire. Désormais l’Artiste est le roi des rois, le seul être inviolable qui vive sous le soleil. Voilà pourquoi nous sommes fiers !

Le vieillard fit une moue assez dédaigneuse :

— Tu es jeune, répliqua-t-il. De mon temps on disait déjà la même formule, et peut-être avec plus de raisons. Lorsque Alexandre, timidement, essayait d’expliquer « pourquoi » tel tableau lui paraissait bon, mon ami Apelle le faisait taire et disait qu’il prêtait à rire aux gamins qui broyaient ses couleurs. Et Alexandre s’excusait… Eh bien ! je n’ai jamais trouvé que ces sortes d’anecdotes