Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/25

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marchand, il aperçut un marinier dont quelqu’un lui avait dit qu’il voyait la reine en secret, bien que personne n’en eût la preuve. C’est Glaucon, vous le connaissez bien. Clésidès le manda chez lui, le paya, le fit poser et quatre jours plus tard il avait terminé deux petits tableaux injurieux qui représentaient la reine entre les bras de cet homme, d’abord de face et ensuite de dos…

— Comme elle l’avait désiré, interrompis-je.

— À peu près. La nuit dernière (à quelle heure ? on n’en sait rien), il a fixé les deux planches peintes au mur du palais de Seleucos : sans doute il a pu s’enfuir sur une barque après sa vengeance publiée, car on ne trouve sa trace nulle part.

Nous nous récriâmes :

— La reine va en mourir de rage !

— La reine ? Elle le sait déjà et si elle est furieuse au fond, elle le dissimule à merveille. Pendant toute la matinée, une foule énorme a défilé devant ces affiches à scandale. On a prévenu Stratonice, qui a voulu voir, elle aussi. Suivie de quatre-vingts personnes de la Cour, elle s’est arrêtée devant chacun des deux sujets, approchant et reculant pour juger tour à tour du détail et de l’ensemble… J’étais là et, comme je la suivais des yeux avec frisson, me demandant qui de nous elle allait mettre à mort lorsque sa fureur éclaterait : « Je ne sais pas lequel est le meilleur, dit-elle ; mais tous deux sont excellents. »