Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/45

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prenant leur part de plaisir à toutes les voluptés offertes, il voulait éprouver sans cesse le marbre frais, les soies fines, la peau plus douce encore des vierges, la pourpre seyant au visage, l’or inaltérable et solaire. C’est pourquoi sa maison ressemblait au palais d’Artaxercès.

Il m’accueillit au seuil de la grande cour intérieure qui lui servait d’atelier.

Debout, toujours drapé de soie rouge et la bandelette au front comme un dieu olympien, il m’ouvrit ses larges bras. Puis je pénétrai à ses côtés dans l’illustre salle, matrice de chefs-d’œuvre, où je fus ému de me retrouver.

— Mon Prométhée ? répondit-il à ma question. Non. Je ne le sens pas mûr encore. Ce Nicostrate a besoin d’être médité quelque temps, et je pressens que ma première conception du sujet va éclater en morceaux dès que j’y ferai entrer sa personne. Dans quelques jours nous verrons bien.

Je lui demandai s’il se reposait, mais c’était mal le connaître. La peinture était sa vie même. Revenu de voyage au milieu de la nuit, il avait commencé un tableau le matin.

— Viens, me dit-il brusquement. Je suis content que tu puisses le voir : cette petite chose est une merveille. Je n’ai jamais rien fait de plus beau.

C’était encore un trait de son caractère, que d’estimer ses œuvres à leur valeur suprême et de