Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la surface en fixant au bois sec son âme multicolore.

Et voilà comment fut achevée, entre l’aube d’un jour et le crépuscule, la « Nymphe surprise » de Parrhasios, qui est maintenant à Syracuse.

Parrhasios regarda son œuvre avec une négligente complaisance et, secouant sa belle main expressive, il cria comme pour cent personnes :

— Oui. C’est un exercice avant la bataille.

Distrait, je demandai :

— Quelle bataille ?

Il parut s’étonner que je n’eusse pas compris. À grands pas, il traversa la pièce, ouvrit une porte : Nicostrate à la chaîne leva les yeux sur nous. Parrhasios se haussa devant lui, et, les doigts passés dans la barbe, il murmura comme pour lui seul :

— Ma bataille de dieu contre cet être humain.


V


Je restai un mois entier occupé dans Athènes à des affaires personnelles, qui ne me permettaient pas de retourner chez Parrhasios.

Athènes était vraiment en deuil depuis la chute des Olynthiens. Le marché de Khalkis, la vente d’un peuple allié, — ce scandale et cet affront aux