Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/50

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portes mêmes de l’Attique, — était le sujet de tous les discours, le songe de tous les silences.

Contre Philippe, on ne pouvait rien. Kratès ne voulait pas la guerre, et Démosthène lui-même ne la demandait plus. Mais Eschine, en revenant du Péloponèse, avait rencontré sur sa route des troupeaux d’Olynthiens conduits comme des bêtes, et il lui avait suffi de raconter ce passage d’esclaves pour soulever à sa voix l’indignation du peuple contre les cités coupables.

Un jour, ce fut pis encore : on apprit que dans la ville même, un citoyen traitait en femme captive une malheureuse Olynthienne. L’homme fut arrêté, jugé, condamné à mort sur-le-champ.

Alarmé, je vis Parrhasios menacé d’un sort semblable et, laissant là toute affaire, je descendis jusqu’à son palais, afin de l’avertir s’il en était temps.

Portes et rideaux étaient fermés lorsque je parvins à son mur. L’esclave ne voulait pas me laisser franchir le seuil. Il me fallut insister, montrer mon angoisse, affirmer qu’il y allait de la vie de son maître. Je passai enfin, et, suivant en courant la grande galerie vide, je soulevai la portière.


Je n’oublierai jamais le regard lent et grave que me jeta Parrhasios lorsqu’il me vit entrer. Il peignait debout, gigantesque devant un panneau de bois noir qui était presque de sa taille. Le ciel vaguement orageux donnait à sa haute stature une