Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



arcas

Qui donc appellerais-tu dans cette solitude ?


melitta

Les dieux ! qui m’entendront.


arcas

Ah ! petite fille ! Les dieux sont plus loin de toi que je ne suis à présent, et fussent-ils même à tes côtés, ils ne me défendraient pas de te dire que tu es belle, car ils sont fiers de ton visage et ils savent bien que c’est leur chef-d’œuvre.


melitta

Tais-toi, chevrier. Va-t’en. Ma mère m’a défendu d’écouter aucun homme. Je suis ici pour garder mes brebis laineuses et leur faire brouter l’herbe jusqu’au soleil couchant. Je ne dois pas entendre la voix des garçons qui passent sur la route avec le vent du soir et les poussières ailées.


arcas

Pourquoi ?


melitta

Je ne le sais pas. Ma mère le sait pour moi. Il n’y a pas encore treize ans que je suis née sur son lit de feuilles, et je serais bien imprudente si je ne faisais pas tout ce qu’elle veut m’ordonner.