Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/69

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— Veux-tu bien me permettre de passer ? dit-elle en penchant la tête sur l’épaule.

Je m’effaçai, avec l’étonnement particulier d’un homme qui voit entrer chez lui, à l’heure où l’on ne reçoit guère que les amies les plus intimes, une femme qui ne lui rappelle pas le moindre souvenir, et qui le tutoie dès la première phrase.

— Chère amie, lui dis-je timidement quand je l’eus suivie dans ma chambre, chère amie, ne m’accuse pas, je te reconnais à merveille, mais je ne sais par quelle infortune je ne puis à l’instant me rappeler ton nom. Ne serait-ce pas Lucienne ? ou Tototte ?

Elle eut un sourire d’indulgence et, sans répondre, elle défit son manteau. Sa robe était de soie vert d’eau, ornée de gigantesques iris tissés avec la robe elle-même et dont les tiges montaient en fusées le long du corps jusqu’à un décolletage carré qui montrait nu le bout des seins. Elle portait à chaque bras un petit serpent d’or aux yeux d’émeraude. Un collier de grosses perles à deux rangs brillait sur sa peau foncée, en marquant la naissance du cou qui était mobile et arrondi.

— Si tu me reconnais, dit-elle, c’est que tu m’as vue en rêve. Je suis Callistô, fille de Lamia. Pendant dix-huit cents ans, mon tombeau est resté en paix dans les bois fleuris de Daphné, près des collines où fut la voluptueuse Antioche. Mais, maintenant, les tombeaux voyagent. On m’a emmenée