Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à Paris et mon ombre suivait la pierre qui contenait mes cendres fines. Longtemps encore, j’ai dormi enfermée dans les caves glaciales du Louvre. J’y serais toujours si un grand païen, un saint homme, M. Louis Ménard, le seul qui se souvienne aujourd’hui des rites et des gestes divins, n’avait prononcé devant ma tombe les paroles traditionnelles qui savent rendre aux pauvres mortes une vie éphémère et nocturne. Pendant sept heures, chaque nuit, je me promène dans ta sale ville…

— Oh ! pauvre fille ! interrompis-je. Comme tu dois trouver le monde changé !

— Oui et non. Je trouve les maisons noires, les costumes laids et le ciel lugubre (quelle singulière idée vous avez eue de venir habiter sous un pareil climat !) Je trouve que la vie est plus sotte et que les gens ont l’air moins heureux ; mais si j’ai une stupéfaction, c’est bien de revoir à chaque pas toutes les choses que j’ai connues. Comment ! en dix-huit cents ans vous n’avez fait que cela ! Rien de plus nouveau ? Rien de mieux, vraiment ? Ce que j’ai vu dans vos rues, dans vos champs, dans vos maisons, c’est tout, c’est bien tout ?… Quelle misère, mon ami !

L’étonnement qu’elle me vit prendre pouvait tenir lieu de réplique. Elle sourit et s’expliqua :

— Tu vois comment je suis habillée ? me dit-elle. J’ai la robe qu’on a mise avec moi au tombeau. Regarde-la. De mon temps, on s’habillait avec de