Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/75

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la réserve d’un interlocuteur complaisant qui, par déférence ou par curiosité, ne veut pas déchirer trop tôt le tissu d’une comédie laborieuse et intéressante.

Mais dès qu’elle fut nue, je compris qu’elle venait à moi du fond du passé…

Je me souviens très bien qu’au moment où j’en eus la certitude, j’ébauchai, si je n’achevai pas, tous les mouvements qu’un instinct religieux m’inspirait invinciblement. Je me retins à ma chaise pour ne pas me mettre à genoux et je la regardais, en inclinant le front, avec un sentiment de sacrilège, comme si une personne aussi miraculeuse ne devait pas être contemplée avec les mêmes yeux qui voyaient les femmes vivantes.

Callistô était grande. Elle avait le torse étroit et rond, la taille haut placée, les jambes très longues. Ses articulations fines étaient d’une fragilité qui me ravissait ; et même dans ses cuisses musclées on devinait des os délicats. Épilée, mais pure et sans fards, sa peau luisait comme au sortir du bain, brune d’un léger ton uniforme, presque noire au bout des seins, au bord allongé des paupières et dans la ligne courte du sexe. Je ne saurais expliquer comment sa beauté ne pouvait s’être accomplie ni sous notre climat, ni même dans notre temps, car cette évidence ne naissait d’aucun détail mais seulement d’une harmonie et peut-être d’une