Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/74

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II


Ce qu’elle fit immédiatement après avoir dit ces mots, je ne sais si je l’ai vu, dans le trouble où j’étais.

Comment elle quitta ses bagues, fit glisser quatre bracelets, ouvrit son collier, laissa tomber ses vêtements en même temps que ses lourds cheveux, je ne pourrais le dire. Ce fut si rapide et si éclatant qu’il m’en est resté dans la mémoire un éblouissement plein d’ombres.

Jusque-là, je n’avais pas cru avec certitude à la réalité de l’aventure. Les apparitions longtemps prises pour surnaturelles, et désormais tenues plus volontiers comme obéissant aux lois d’une nature profonde et mal connue, se présentent parfois avec les caractères d’une matérialité qui n’est démentie par aucun de nos sens et qui peut égarer un esprit incrédule ou simplement prévenu contre l’invraisemblance.

Je me demandais depuis une heure si je n’étais pas mystifié par une lectrice extravagante : quelque étrangère, pensais-je, assez immodeste et assez délibérée pour se rendre la nuit dans une chambre à coucher où on ne l’invite point, veut sans doute faire oublier le dessein banal qui l’entraîne, en considération du soin qu’elle apporte à le dissimuler dans une robe de théâtre. J’avais répondu dans le sens où elle me conduisait elle-même, avec