Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/79

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tions d’ironie et je devinai bien que, pendant ses longues courses nocturnes à travers la ville, elle avait essayé en vain de compléter son éducation ; aussi ne tentai-je rien dans cette impossible voie.

— Prends patience, lui dis-je simplement. Vois-tu, nous avons commencé par tout oublier. Et puis, nous réinventons. C’est ce qu’on appelle l’histoire de la civilisation moderne. Il est arrivé au monde, peu d’années après ton trépas, des calamités sans exemple et qui auraient pu être irréparables. Ce fut d’abord la naissance et la singulière fortune d’une religion qui, à son origine, était moralement admirable ; mais qui, dénaturée par des israélites trop grossiers ou trop adroits, a stérilisé l’effort de ta race et semé du sel sur les ruines d’Athènes. Ensuite, ce furent des invasions de barbares ; quand le déluge de Judée eut pourri le bois du vaisseau, les rats y pénétrèrent et le mirent en pièces. Cela dura jusqu’au jour nouveau où l’on vit monter de l’Orient, comme une aurore, les livres sauvés du désastre et revenus de Constantinople. Nous mîmes cent ans à les lire. Depuis qu’ils sont étudiés, trois siècles à peine ont vécu. Mais le temps est à nous, peut-être. Laisse-nous le temps, Callistô.

Elle eut un sourire de dérision.

— Trouveras-tu, répondit-elle, dans les parchemins de tes musées, la tradition de Rhodopis ? Vos archéologues, qui possèdent si bien la politique de