Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/82

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habiles à reproduire les modèles inventés par ma race, mais ailleurs que chez nous vous ne les trouvez pas, et vous n’existez que dans notre ombre.

Elle fit un geste.

— Promène-toi dans les rues de Paris. Partout notre âme éternelle éclate à la façade des monuments, aux chapiteaux des colonnes et sur le front des statues. Après avoir échafaudé, pendant un moyen âge barbare et chétif, de misérables bâtisses qui s’écroulent déjà (c’est heureux !), vous, les hommes des temps modernes, incapables de créer, vous êtes revenus à nos ruines et depuis quatre cents ans vous faites des mosaïques de pierre avec les morceaux de nos temples. Une colonne trouvée en Sicile a engendré deux mille églises et autant de gares de chemins de fer. Même à des besoins nouveaux vous ne savez pas donner une architecture nouvelle. Avec l’airain de vos canons vous recopiez la colonne Trajane, et vous faites des salles de quatuor qui sont du style corinthien. Après nous qui sculptions le marbre et qui fondions le bronze au moule, vous n’avez rien trouvé, pas une pierre naturelle, pas un alliage chimique, plus digne de reproduire la figure humaine. Et le seul grand de vos sculpteurs n’est devenu ce qu’il a été que parce qu’on a trouvé sous terre un torse d’Apollonios, un débris sans tête, sans bras et sans jambes ; une ruine